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14 Jan 2019

Extrait de Enfin, tout de même ! Le rire des corbeaux

…. sa peau est devenue superbe plumage qui le protège mieux que des habits, son ventre est doux comme celui d’un nouveau-né, l’ébène de ses pattes lui plaît : de grands ongles se sont formés, il ne sait si ce sont des griffes ou des serres. Maître Corbeau. Elie est fier, voudrait caresser son pennage, mais il n’a plus de mains. Il lui faut absolument un miroir.

Photo credit: <a href="https://www.flickr.com/photos/42244964@N03/5357074718/">Frank.Vassen</a> on <a href="https://foter.com/">Foter.com</a> / <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/"> CC BY</a>

 

03 Jan 2019

Extrait de Enfin, tout de même ! La vieille dame et le narguilé

 

De plus en plus gras, le père au narguilé, « Maripaschoisi », était devenu grossier et violent, exhalant borborygmes et rots et, par bouffées, meuglant, en monosyllabes franco-tamoules, des ordres et des imprécations, injuriant ses enfants, bons à rien (ils avaient dix et onze ans) et criant après sa femme qui passait ses journées, on ne sait où, à draguer et à torcher une vieille qui la payait mal.

20 Dec 2018

Extrait de Et la lune est venue les prendre. Chapitre : Une toute autre vie.

 

Dans le camp d'entrainement , ce qui le fait le plus souffrir sont les mises en situation pour éprouver la résistance à la faim, à la soif et au froid. Les réveils brutaux et les tours de garde la nuit l'épuisent. Il se remplit le ventre du couscous à volonté qu'on leur sert à chaque repas, mais il n'y a rien d'autre. Qu'importe ! Fouad accepte tout. Il a basculé dans le désir de Dieu qui est de propulser les humains dans le char glorieux de Mohammed pour combattre les mécréants. En quelques jours, les "entraîneurs " (on les appelle ainsi, pour les flatter) l'ont exténué et amaigri. Il est perclus de contractures et de petites blessures, il dort bien, mais chut ! il a recommencé à sucer son pouce…. Les corps sont faits pour être domptés, les cerveaux pour être rincés, les cœurs pour être soumis. Il a changé d'univers, il va devenir un moudjahid, il va faire de grandes choses pour l'humanité. Même Elise n'existe plus.

Photo credit: <a href="https://www.flickr.com/photos/lfca_multimedia/31468358308/">4 Cdn Div / 4 Div CA - JTFC/FOIC</a> on <a href="https://foter.com">Foter.com</a> / <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/"> CC BY-NC-ND</a>

 

18 Dec 2018

Extrait de Et la lune est venue les prendre. Chapitre : Une toute autre vie.

Les Syriennes, derrière leurs épaisseurs de voiles étaient très coquettes et elle en devenait une ! Le plus difficile était le manque de serviettes et de tampons hygiéniques. Il fallait se débrouiller avec de vieux chiffons, qu'elles n'avaient pas. Elle avait intériorisé l'habillement obligé : les longues robes et l'enveloppement de la tête ne lui coûtaient pas, elle les trouvait confortables, seyantes et protectrices. Au fond, se disait-elle, avec le voile, tu es obligée de te concentrer sur l'essentiel. Le visage, nu, offert, est ce qui donne la vérité de l'être humain : sa vulnérabilité, son infinie fragilité et sa beauté.

Photo credit:https://www.flickr.com/photos/rod_waddington/14588750176/"

13 Dec 2018

Extrait chapitre : Pierre qui-sauve-les-femmes in Enfin tout de même !

Pierre et Daria avaient laissé le bébé à Mme Montignac, ils étaient partis pour un court voyage de charme en Dordogne, le berceau de la famille. Pierre voulait aussi rendre visite à Joséphine Becker qui venait d’aménager le château de Milandes.
Ils s’y rendirent puis montèrent ensuite au château de Beynac qui domine la vallée de la Dordogne de ses murailles de pierre et de son donjon parfaitement conservé. Il soufflait un vent léger et la lumière d’automne posait sa douceur sur les choses. Pierre était fier de l’histoire et de la géographie de son pays et se faisait un devoir d’initier sa jeune femme, qui, mère de son enfant, allait devenir une vraie française. 
Sous le mur d’enceinte de la forteresse, une pelouse bordée de géraniums rouges s’étendait jusqu’à l’a-pic qui surplombait la rivière de la Dordogne. Au loin, comme dans une continuité visuelle, se dressaient les arbres sombres de la falaise d’en face qui fermait l’autre rive de la Dordogne. Entre les deux rives, sur près de 200 mètres de haut, un précipice.

https://www.youtube.com/watch…
Philippe Cazaux-Moutou

04 Dec 2018

Extrait du chapitre De nouveau la face cachée de la lune in Et la lune est venue les prend

 

Eva (une vraie enfant du hip hop) brûlait de se faire tatouer et ce n'était pas une petite fleur à l'intérieur du bras, non, elle voulait se faire graver dans le dos un grand oiseau aux ailes déployées " qui suivra le mouvement de la respiration et qui, à l'inspiration, prendra un mouvement d'envol ", une belle image qu'elle avait vue dans un catalogue de dessins à tatouer. Cette reprise du thème de l'oiseau bleu cher à leur grand-père qui leur racontait ce conte avec gourmandise quand elles étaient petites, était manifestement une production du deuil. Elise aussi adorait l'oiseau bleu, le château bleu, la licorne bleue… Eva voulait un tatouage coloré, comme ces Japonais qui se couvraient le dos de fresques bigarrées mêlant des dragons à des nuages, des poignards à des cerisiers et dessinant toutes sortes d'arabesques, aucun pouce de peau ne restant libre d'inscriptions. Il ne fallait surtout pas en parler à Colette, la mère d'Eva, qui déclencherait illico une attaque d'apoplexie...

Photo credit: "https://visualhunt.com/author/69a668 

19 Nov 2018

Extrait de Et la lune ... : Chap 5 L'un avance, l'autre recule, jamais en même temps

La Sorbonne, cette grande dame, lui est devenue insupportable : les couloirs mi éclairés, les errances pour trouver les salles qui ne sont jamais les bonnes, les amphis bondés et surchauffés où l'on n'entend rien, les profs et les assistants médiocres, toujours à compléter par des manuels, l'absence d'encadrement, les étudiants laissés à eux-mêmes, le chacun pour soi.

Ce monde gouverné par un seul Dieu : EXAMEN, seule vérité de cet univers impitoyable. Ce mot, en torsion sur son X, Elise le craignait plus que tout. A partir de chaque mois de mars elle vivait comme les jeunes athéniens au temps de Thésée qui attendaient de savoir s'ils allaient être livrés au Minotaure : l'examen est le sacrifice humain des temps modernes, tous ces jeunes qui immolent leur jeunesse à faire entrer dans leurs neurones des montagnes de savoirs inutiles et qui seront jugés à l'aune d'un sujet minuscule choisi pour les éliminer sans merci.

L'oral, pour Elise, est ce qu'il y a de plus redoutable. Des bourreaux s'installent en face de toi pour te coincer, t'humilier et te ridiculiser, prêts à t'engloutir dans leurs mandibules acérées, à l'oral tu es nue. Ces pensées lui donnaient la colique, ses doigts se tordaient, elle devenait froide, elle aurait préféré presque la guillotine, au moins ce serait fini.

08 Nov 2018

Extrait du chapitre : Année solaire mouvementée de Et la lune est venue les prendre

 

Un incident fâcheux interrompit le cours tranquille de la barque de notre petit enquêteur de vie islamique. Fouad avait rendu visite à Abdoul, comme il le faisait de temps en temps, ne serait-ce que pour avoir des nouvelles de la cité Ravel (bagarres, guetteurs, filles, mariages forcés, violences quotidiennes…). Cette fois, Abdoul lui demanda, sans autre commentaire, de se rendre au cimetière de Bagneux, carré 98. Toujours méfiant et hésitant, il mit trois semaines à se résoudre à y aller. – non par obéissance mais par curiosité. Prudent, il mit un sweat à capuche. Mais il tomba mal, jamais il n'avait de chance avec les Bagnards. Quand il arriva, deux revendeurs de shit – qu'il connaissait- étaient en train de soulever un carreau du tombeau lorsque quatre policiers en civil embusqués derrière une chapelle funéraire se jetèrent sur eux, les ceinturèrent et leur mirent les menottes. Fouad, sans hésitation cette fois, enleva discrètement sa capuche et fit mine de passer son chemin.

 

03 Nov 2018

Extrait du chapitre : La réconciliation de Et la lune est venue les prendre

Il commanda des huîtres pour lui et les dégusta, fermant les yeux et aspirant les petites formes infâmes avec un doux sifflement. Décidément, il est bon vivant, se dit-elle en savourant un foie de veau bien cuit aux câpres.

Elle baissa les yeux, scrutant les mains de son père – nerveuses, déjà marquées de taches - et sa voix – qu'elle aimait -, elle était excitée, elle aurait voulu qu'il dise qu'avec la fameuse Mathilde, c'était fini et qu'il allait revenir auprès de Virginie.

Surtout, elle brûlait d'envie de lui parler du Rasta ; elle été allée le voir, un pauvre type, comme elle lui était reconnaissante de l'avoir tirée de ses griffes et de l'avoir adoptée…

Juste à ce moment, le pianiste du bar se mit à jouer l'air de "L'amour est enfant de bohème." Là, se mêlant à l'allégresse de la musique, une bouffée d'affection la prit à la gorge : elle l'aimait et c'était pour toujours, elle lui prit la main, il la pressa longuement. C'était l'homme de sa vie.

30 Oct 2018

Enfin tout de même ! Extrait du récit : Cœur en éclats

Haletante, pressée maintenant, elle se dirige vers sa voiture, une vieille deux-chevaux brinquebalante où elle entasse les affaires et les bambins.

La voiture veut bien démarrer, crachote et franchit la barrière de la propriété. Agathe ne tient pas à croiser son général de père.

Elle arrête le véhicule à quelques kilomètres, près d'un champ. Tout de suite, les enfants s'égaillent sur le pré, gazouillent, crient à qui mieux mieux, ramassent des fleurs, se courent après. Emile, le grand frère, veille, mine de rien.

Agathe reste à sa place, enfoncée dans le siège du chauffeur, dévastée.

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